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Séminaire "Ethnocritique de la littérature" (EHESS, 2009-2010)

Séminaire "Ethnocritique de la littérature" (EHESS, 2009-2010)

B.-M. Koltès, R. Queneau, Ch.-F. Ramuz, S. Mallarmé et les poètes grecs anciens ont été tour à tour cette année à notre programme.  Nous poursuivions un double objectif : d’une part, élargir le corpus des œuvres analysées à des genres (théâtre), des époques (XX°s.) ou des univers poétiques (Mallarmé) peu travaillés jusqu’ici par l’ethnocritique ; d’autre part, faire un retour réflexif et critique sur quelques exemples de résistances lettrées au travail interprétatif de l’ethnocritique, ou inversement de convergences savantes avec des paradigmes explicatifs proches.

 

L’étude de Combat de nègre et de chiens du dramaturge contemporain B.-M. Koltès a été focalisée sur l’univers sonore dans les didascalies et les dialogues des personnages.  Cette écoute ethnocritique a permis de faire entendre une violente et subtile contre-musique qui se sémantise en musique des Ténèbres et se thématise in fine dans un tragique jeu d’échos apocalyptiques qui évoquent subliminalement les camps de la mort, loin de tout ethnotype africain. Une approche intensive et monographique de la réception critique depuis cent ans de tel poème de Mallarmé - « Toute l’âme résumée… » ici – nous a conduit à comprendre par quels effets distinctifs du champ littéraire la dynamique dialogique qui est au principe poïétique et esthétique de ce sonnet a pu échapper aux lectures expertes (le poème joue en effet selon nous de la formulation allusive et de la reformulation mallarméenne d’un proverbe commun). Ce cas de figure permet de compléter la typologie des processus logogénétiques à l’œuvre en littérature, entre expressions idiomatiques et expressions idiolectales ; l’accent a été mis sur le travail de déconstruction d’un rapport trop constamment académique à la poésie moderne et complémentairement sur le travail de construction de la signifiance offert aux lecteurs.

 

Notre seconde préoccupation scientifique visait - par quelques études de cas - à situer l’ethnocritique dans le champ actuel de la recherche, tant auprès de publics cultivés qu’auprès de chercheurs dans des disciplines voisines. Ainsi,  Astrid Bouygues (Paris) avec la coopération d’Hervé Moelo (Rennes) a présenté une « Zazie dans l’ethnocritique » qui rend parfaitement compte de la complexe structure du roman et des logiques d’initiation à l’oeuvre qui la dynamise, jusque dans ses motifs narratifs et le détail du style. Les intervenants ont surtout fait porter –à notre demande - leur réflexion épistémologique sur les conditions intellectuelles et institutionnelles de réception d’une communication résumée ici mais donnée à l’origine devant une assemblée d’amateurs éclairés. Les notions de dépendance paradigmatique, de déclassement ou de reclassement interprétatif, de surinterprétation comme à l’inverse de révélation heuristique sur fonds de médiocre formation anthropologique dans les cursus académiques « littéraires » ont tour à tour été pointées.

 

De son côté, Françoise Menand Doumazane (doctorante, Metz) a tracé à propos du roman Aline de Ch.-F. Ramuz les lignes qui se dessinent au début du XX°siècle aux frontières du champ éditorial français quand il est question de mondes auctoriaux et fictionnels périphériques (des volumineux avant-textes aux nombreuses réécritures) et les obstacles symboliques que la lecture ethnocritique doit surmonter a priori pour ne pas apparaître aux yeux du cercle des ramuziens les moins éclairés comme exposant l’œuvre du maître à un indésirable retour du refoulé ethnotypique. Enfin, notre éminent collègue Claude Calame (D.E, EHESS) nous a offert un parcours d’ethnopoétique appliquée à la littérature grecque ancienne, à la croisée d’une anthropologie historique des discours et d’une sémiotique de l’énonciation culturelle. Cette démonstration fut doublée d’une position théorique de sa démarche critique par rapport à l’ethnocritique. Nos deux disciplines, voisines par leurs corpus et connexes par leurs problématiques, convergent dans leur approche méthodologique d’univers symboliques textuellement réglés et dans le refus corollaire de toute saisie essentialiste et purement formelle de la littérature.

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